Par Peter Haas, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=30860863

Tribune : À la Sorbonne, la « grande conjuration des médiocres » veut priver 40 000 élèves de partiels

TRIBUNE : Héritière de l’ancienne Sorbonne, l’université Paris I compte plus de 40 000 étudiants. Si elle peut se targuer d’un passé ne manquant pas de prestige, cette faculté parisienne est désormais le terreau de nombreux syndicats gauchistes, saisissant le moindre prétexte pour exonérer les étudiants d’études. Nouvelle absurdité en date : réclamer une annulation des partiels du second semestre et un 10 améliorable pour tous, au nom de l’égalité des chances.

 

Ainsi, pour garantir l’égalité des chances pendant le confinement il faudrait supprimer les partiels, et offrir leur semestre à tous les sorbonnards. Vraiment ? Examinons le non-sens d’une telle proposition.

Tout d’abord, rappelons que la véritable égalité des chances se fonde sur la méritocratie. Or, la méritocratie n’est autre que le fait de ne devoir sa position sociale (économique, scolaire, etc.) qu’à ses propres mérites. Que reste-t-il des mérites lorsqu’un diplôme vous est donné sans que vous ayez eu à travailler ? Et, en définitive, que reste-t-il de la valeur de ce diplôme (surtout lorsque l’on songe que les partiels du premier semestre n’avaient déjà pu se tenir à cause des grèves contre la réforme des retraites) ? Au vrai, annuler les partiels procède à la fois d’un attentat contre la dignité étudiante et contre la méritocratie. Car est-ce digne pour un étudiant travailleur de se voir estampiller du même 10 que ses camarades fainéants ? Est-ce bien digne pour un étudiant de voir ses efforts sanctionnés par une unique note, terne, commune à tous, ne faisant aucun cas de la valeur du travail accompli ? Assurément, non seulement cela nie les mérites, mais cela va même à leur encontre. Un peu de sociologie suffit en effet à savoir qu’un même diplôme est valorisé différemment selon l’origine sociale d’un individu : aussi l’étudiant bien-né mais paresseux tirera au maximum parti de son 10 grâce à ses relations, quand celui provenant d’un milieu défavorisé ne saura mettre ce 10 en valeur, là où un 16 lui aurait permis de se démarquer. Paradoxalement ce sont donc les syndicats amis du peuple qui semblent lui être le plus nuisible.

“Annuler les partiels procède à la fois d’un attentat contre la dignité étudiante et contre la méritocratie.”

Mais faisons mine de les croire naïvement, et voyons en quoi la tenue d’examens en cette période exceptionnelle pourrait faire reculer l’égalité des chances. En premier lieu les étudiants seraient durement affectés par cette crise du coronavirus : victimes de fragilités psychologiques, ils seraient parfois également malades, pleureraient le décès de leurs proches dans une misère exécrable … Déjà, ce premier argument apparaît fallacieux. Les étudiants sont ceux ayant, du point de vue de leur santé, le moins à craindre du coronavirus, et s’il a pu arriver à certains de perdre un proche, rappelons que tous les ans des étudiants perdent des êtres chers, et sont obligés de composer malgré leur tristesse. Ajoutons que ce sont les jeunes qui se sont montrés les plus insouciants face au coronavirus, mais aussi les plus innovants pour rompre la solitude par leur utilisation de nombreuses applications (WhatsApp, Messenger, Skype, Zoom …). Et puis, si des dépressions et des maladies étaient avérées en cette période trouble, il ne faut pas ignorer qu’un avis médical pourrait exempter de partiels les personnes qui en seraient victimes.

Toutefois, à en croire les syndicats étudiants, le problème viendrait aussi de ce que tout le monde ne disposerait pas du même cadre propice pour réviser ses partiels. Par exemple, certains demeureraient seuls dans une chambre de bonne, sans grande documentation, tandis que d’autres bénéficieraient des grands espaces de leur résidence secondaire. Certes. Mais de telles inégalités n’existent-elles pas aussi en temps ordinaire ? Et à l’inverse, ne pourrait-on pas voir certaines inégalités se réduire à la faveur du confinement ? Les étudiants en situation précaire, qui sont d’ordinaire obligés d’enchaîner les petits boulots pour financer leurs études, ne peuvent souvent plus poursuivre ces activités, ce qui leur permet d’avoir autant de temps libre pour réviser que leurs camarades favorisés. En demandant des aides, et en obtenant la suspension de leur loyer, ces étudiants, qui sont souvent revenus au domicile familial, peuvent en outre espérer ne pas voir leur situation financière se détériorer. Et quand bien même cette situation se détériorerait, puisque de toute façon ils ne peuvent rien y faire, autant utiliser le temps en surplus pour réviser et ainsi rattraper un injuste désavantage. Considérons aussi tous ces étudiants n’ayant pas les moyens de loger à Paris intra-muros : à l’accoutumée ils doivent passer des heures dans les transports en commun, un temps perdu que leurs camarades parisiens peuvent, eux, mettre à profit. Avec le confinement, plus de transports, tout le monde dispose du même temps ; temps qui, par ailleurs, aura rarement été à ce point libéré pour le travail. De surcroît, le confinement a permis l’apparition d’initiatives bénéfiques : des groupes Facebook de partage de documents ont vu le jour, des institutions (comme le Collège de France) ont mis des cours sur internet, des sites scientifiques ont élargi l’accès à leurs publications, la plupart des professeurs partagent leurs cours en ligne. Jamais documentation n’aura été si accessible.

“Il est d’ailleurs amusant de remarquer que ceux qui l’agitent sont les mêmes qui, après une journée bien remplie, passée sur Netflix, polluent les boîtes mail de leurs congénères avec leurs pétitions et leurs manifestes. Pour eux, à tout le moins, le réseau ne manque pas.”

Cependant, argueront les syndicalistes, tout le monde ne possède précisément pas un égal accès à internet. Point d’orgue de leur argumentation, cette dernière argutie n’en trouve pas moins ses limites. Il est d’ailleurs amusant de remarquer que ceux qui l’agitent sont les mêmes qui, après une journée bien remplie, passée sur Netflix, polluent les boîtes mail de leurs congénères avec leurs pétitions et leurs manifestes. Pour eux, à tout le moins, le réseau ne manque pas. Néanmoins soulignons davantage que la France bénéficie d’une couverture réseau assez importante pour que rares soient ceux qui n’y aient pas accès. Pour les rares exceptions on pourrait imaginer des mesures, comme une location de VPN par l’université, ou bien, tout simplement, le recours à la plume, au papier, au timbre et à la Poste. Enfin, Paris I pourrait tout bonnement demander aux étudiants concernés de se manifester, pour examiner l’aménagement de leurs partiels. Bref, les solutions ne manquent pas. Au reste, l’argument de la couverture internet est d’autant moins valable que les partiels se dérouleront probablement après la fatidique date du 11 mai, et à ce moment il sera possible pour les étudiants en mal de réseau de se rendre chez leurs amis mieux dotés, ou dans des zones free wifi. Seulement, il ne vous aura pas échappé que ceux qui auront eu le plus difficilement accès à internet sont souvent les mêmes qui se seront réfugiés dans les zones blanches, en pleine campagne, pour passer le confinement : ce sont les favorisés, ceux qui pouvaient se retirer au grand air, ceux qui biaisent l’égalité des chances.

“Si tous ces révolutionnaires en herbe mettaient autant de soin à réviser leurs partiels qu’ils n’en mettent à vouloir les supprimer, la France compterait probablement plus de prix Nobel.”

Eh bien, il me semble qu’il ne reste, tout compte fait, plus d’argument sérieux à ce que les partiels ne se tiennent pas. Seules l’oisiveté et l’idéologie aveugle peuvent encore motiver le combat de ceux qui brandissent d’une main l’égalité des chances, et l’assassinent d’une autre. Si tous ces révolutionnaires en herbe mettaient autant de soin à réviser leurs partiels qu’ils n’en mettent à vouloir les supprimer, la France compterait probablement plus de prix Nobel. Quoi que. Après tout, s’ils redoutent tant les partiels, c’est peut-être qu’ils craignent à raison d’y voir sanctionnée leur bêtise. Comme le disait un professeur dans une formule tant décriée, la « conjuration des médiocres » est à l’oeuvre.

 

Christophe Duperrier, étudiant

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