Tribune : La sociologie : le vilain petit canard des sciences

À chaque rentrée, je ne peux m’empêcher de penser la même chose : je pense à tous ces étudiants sortis du lycée, fraîchement bacheliers et dénués de toute conscience politique, qui vont être endoctrinés par des professeurs « bien-pensants » dans nos facultés (le plus souvent publiques).

Et à mon sens cet endoctrinement passe avant tout par les cours de sociologie, qui sont dispensés en licences de sociologie (logique, vous me direz) mais aussi de science politique et parfois même de droit.

Mais avant de commencer, attention : cet article n’a pas pour vocation à décrédibiliser la sociologie en tant que telle. Vous ne lirez pas ici de blagues vaseuses, du type « licence macdo » ou « licence chômage », postées 20 fois par jour sur Twitter. La sociologie reste une discipline extrêmement intéressante, en ceci qu’elle cherche à expliquer les comportements sociaux, ce qui reste un but plus que louable. Ici, il s’agira de s’attaquer à la prétendue « neutralité » de la sociologie qui lui permet de se réclamer des « sciences », et à sa méthode pour expliquer les comportements sociaux.

Une fausse neutralité qui n’a rien de scientifique.

Car la sociologie est avant tout une discipline politique, et n’a rien de neutre. Ce sont des hommes qui étudient des hommes ; comment pouvoir imaginer une seule seconde que cette discipline pourrait être neutre ?

Pourtant, les sociologues prétendent avoir l’argument imparable : la neutralité axiologique. Théorisée par Marx Weber (qui, comble de l’ironie, est un conservateur), il s’agit de l’idée selon laquelle un sociologue doit savoir se débarrasser de ses « pré notions ». A comprendre : être le plus objectif possible et ne pas avoir de jugement de valeur sur la chose étudiée. Il faut donc traiter tous les comportements humains comme des « choses », à la manière de Dürkheim, sans les juger pour ce qu’elles sont. Ainsi, si vous étudier des cannibales, il ne faudra pas se sentir dégoûté ou révulsé ; si vous étudiez les djihadistes, il faudra se retenir de leur sauter dessus pour leur arracher les yeux, etc.

Oui, mais voilà le hic : il est impossible d’être neutre. Ce que veut dire un professeur de sociologie quand il vous demande d’être neutre, c’est en réalité d’arrêter d’être de droite. Il veut vous débarrasser de vos valeurs, que vous arrêtiez d’avoir une morale et que vous considériez toute action comme une simple chose, comme de simples atomes rencontrant d’autres atomes, et qui ne doivent obéir à aucune règle morale. Car pour la sociologie, les corps sociaux sont nécessairement construits (et donc peuvent être déconstruits) et n’ont rien d’inné. Or, cette question de la nature des corps sociaux est un des points centraux de la différence entre la gauche et la droite, comme le démontre très bien des auteurs comme Guillaume Bernard. Ainsi, la posture sociologique est déjà, en soi, une posture de gauche. De toutes manières, rien que le choix du sujet d’étude est politique : choisir d’étudier les criminels plutôt que les victimes, choisir d’étudier une religion plutôt qu’une autre, choisir de poser certaines questions plutôt que d’autres, etc.

 

Je pense qu’un exemple s’impose. Dans mon master, nous avons un cours de sociologie des conflits. Notre professeur nous a donc fait un laïus sur la neutralité axiologique, en nous faisant remarquer que notre copie ne devait pas « être un tract du Rassemblement National » (vous noterez le subtil choix du parti en guise d’exemple). Dans le cadre de ce cours, donc, nous avons étudié les émeutes de 2005 à travers le travail de Laurent Mucchielli. Ce cher monsieur, au demeurant très respecté dans le monde de la sociologie, a décidé d’expliquer les motivations des émeutiers de 2005 à travers des entretiens dynamiques avec 10 jeunes. Le rapport s’empresse donc de décrire à quel point la police est violente, à quel point l’école est raciste, à quel point ces jeunes sont isolés par une société qui les méprise, etc. Quid des habitants de la banlieue qui n’ont pas pris part aux émeutes et vivent avec ces « jeunes » au quotidien ; quid des fonctionnaires de santé, de police et d’autres services publics qui travaillent dans ces banlieues. A titre de comparaison, c’est comme-ci pour juger un meurtre, je demandais simplement au coupable pourquoi il a agi ainsi. Quel juge je ferais (remarquez, de nos jours on en est plus très loin).

Je me suis donc empressé de faire remarquer à mon professeur et à la classe que j’avais du mal à voir la méthode scientifique dans une telle démarche. Pourquoi ce rapport, alors que notre copie à nous ne devait pas ressembler à un tract du RN, ressemblait-il à un tract de la France Insoumise ? Mais on m’a répondu que ce serait invisibiliser les concernés, qu’une méthode qui s’employait à confronter une dizaine d’individus pour un événement qui en avait touché des dizaines de milliers pouvait quand même être qualifiée de « scientifique », et que ces jeunes pouvaient avoir des choses intéressantes à dire.

Et afin que vous ne doutiez pas de mon indignation, je vous invite à aller consulter vous–même le chapitre en question intitulé « Les émeutes de novembre 2005 : les raisons de la colère » de l’ouvrage Quand les banlieues brûlent, rédigé par Laurent Mucchielli, et Abderrahim Aït-Omar. C’est dans ce magnifique chapitre qu’à l’issue d’un de ces entretiens, un « jeune » nous informe que s’il a « la haine », c’est car des policiers lui ont confisqué une Rolex volée qu’il avait prévu de vendre sur le marché noir, et que « Les émeutes, c’était une vengeance par rapport à tout ça » (non ce n’est pas une blague, c’est écrit page 24).

La méthode sociologique est en elle-même porteuse de subjectivité.

Ce qui nous amène à un autre enjeu de taille en sociologie : les deux types de méthodes, à savoir la méthode quantitative et la méthode qualitative. Pour faire court, la méthode quantitative consiste à poser peu de questions à beaucoup de personnes, tandis que la méthode qualitative consiste à poser beaucoup de questions à peu de personnes ; chaque méthode ayant ses avantages. Le problème, c’est que ni l’une ni l’autre n’est complètement efficace. Pour comprendre les comportements sociaux, il faudrait poser énormément de questions à énormément de gens. Et même si c’était le cas, poser des questions ne suffit pas ; il faudrait croiser cela avec des données statistiques, provenant d’autres disciplines comme la psychologie, la biologie, la criminologie, etc. S’asseoir en face de quelqu’un pour le laisser raconter son avis et son expérience n’est pas de la science. C’est extrêmement intéressant et permet de créer des pistes de réflexion sur des problèmes ; mais ce n’est pas de la science.

Voilà pourquoi la sociologie me parait biaisée. Et ce biais parait d’autant plus évident lorsqu’on regarde les orientations politiques des sociologues : dans une vaste majorité, ceux-ci se revendiquent de la gauche. Comment avoir confiance en une discipline où la majorité des « experts » présentent le même biais idéologique ? Une idéologie qui passe son temps à vouloir comprendre les délinquants, et jamais les victimes ? Une idéologie qui pourra trouver des excuses à un djihadiste, mais pas à un électeur du RN ? Le même professeur qui m’avait dit que notre copie ne devait pas être un tract politique, avait dit dans la même séance qu’un djihadiste qui s’attaquait à un policier n’était pas un terroriste, car le policier n’était pas à ces yeux un civil. Comment ne pas douter de l’impartialité de tels professeurs ?

Encore une fois, il n’est pas grave que la sociologie soit subjective ; après tout expliquer certains phénomènes sociaux de manière objective et scientifique paraît quasiment impossible. Mais par pitié, qu’elle arrête de vouloir se prétendre neutre ; surtout quand la « neutralité » de ses experts se trouve à gauche.

 

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