Entretien : "Français malgré eux", le racialisme et l'indigénisme à l'assaut de l'université Française Crédit : Sputnik https://youtu.be/IEy93b6Tl2Y

Entretien : “Français malgré eux”, le racialisme et l’indigénisme à l’assaut de l’université Française

Anne-Sophie Nogaret, professeur de philosophie et Sami Biasoni, diplômé de l’École normale supérieure, viennent de publier un essai consacré au racialisme, décolonialisme et indigénisme intitulé « Français malgré eux ». Retour sur cet ouvrage et les dangers de ces nouveaux phénomènes pour l’enseignement supérieur français. 

 

Campus Vox : Quelle est la situation aujourd’hui de l’enseignement supérieur français sur la question de la « race » ?

A-S Nogaret – Il y a quelques années, le discours de la « race » au sein de l’académie n’avançait pas à découvert : il apparaissait dans le sillage de celui du « genre », qui permettait d’atténuer le poids historique liée à la pensée racialiste. C’est la pensée décoloniale qui a assis la légitimité du discours de la « race » au sein de l’académie, permettant sa diffusion hors du champ des sciences sociales. Toute discipline en effet peut être l’expression d’un colonialisme larvé à démasquer…

Tout l’enseignement supérieur, grandes écoles comprises, est touché. L’ENS organise, annoncés en écriture inclusive, des séminaires qui il y a quelques années n’auraient pas dépassé les murs de Paris 8 ou de l’EHESS, consacrés à la « blanchité », à la « philosophie critique de la race », etc.

Les jeunes générations, habituées par l’enseignement secondaire à traquer la « domination » plutôt qu’à acquérir des savoirs (qui ne leur sont de toute façon plus transmis), ne sont pas choquées par ce discours. Leur adhésion est liée bien davantage à un certain profil psychologique qu’à une origine ethnique : on trouve nombre de pénitents prêts à se flageller sur leur « blanchité ».

Campus Vox : D’où viennent ces théories racialistes et indigénistes et quels sont leurs objectifs ? 

Sami Biasoni – Il s’agit en fait autant de prises de position militantes que de « théories » à proprement parler. L’indigénisme français puise sa source dans l’histoire coloniale de notre pays : il fait directement référence au régime de droit particulier auquel étaient soumises les populations autochtones non assimilées d’Afrique Noire et du Maghreb notamment. Le racialisme désigne pour sa part plus largement tout discours politique faisant de la « race » une catégorie pertinente pour étudier et comprendre nos structures sociales, comme l’est également devenu le genre.

Racialisme et indigénisme poursuivent un même dessein : celui de « déconstruire » le système de domination que les Blancs (c’est-à-dire le monde occidental) auraient, partout, mis en place à leur avantage. Ainsi l’humanisme, la laïcité et même la logique ne seraient non pas des vertus libératoires mais des instruments d’oppression à l’endroit des anciennes colonies et de leurs populations émigrées sur nos territoires.

Campus Vox : Comment expliquer ce retour du mot « race » dans leur vocabulaire ? 

Sami Biasoni – Parce que nier la complexité du réel pour lui substituer des dualités manichéennes reste une stratégie de conquête du pouvoir commode. C’est d’ailleurs ce qui a permis aux grands monothéismes (opposition entre communauté des croyants et masse des impies) ou au communisme (classe du prolétariat contre potentat bourgeois) d’investir le champ du politique. Au tournant du XVIIIe siècle, Boulainvilliers mettait en regard deux peuples  : la race des aristocrates et la nation des citoyens. Pour les nouveaux racialistes, les deux peuples sont désormais devenus les Blancs parés de leurs « privilèges » de race et les « racisés », victimes de déclassement.

Les racialistes jouent par ailleurs sur l’ambiguïté du mot « race » : ils se défendent de le réduire à son acception biologique pour en faire  un construit social synthétique, et revendiquent le droit victimaire à la « réappropriation » du terme. Il s’agit là à la fois d’une tentative – réussie à certains égards – de provocation , autant que du signe, moins flatteur, d’une pensée viciée du point de vue argumentatif.

Campus Vox : Observe-t-on une gangrène des mouvements étudiants par des mouvements plus politiques comme les indigènes de la république par exemple ? 

Sami Biasoni – De la même manière que La France Insoumise a accepté en son sein des militants ou sympathisants racialistes (les prises de position publiques de la Député Obono l’attestent – on se souvient de son refus à dire « Vive la France » ou de sa déclaration de « camaraderie » à Houria Bouteldja), les syndicats estudiantins de gauche ont succombé aux sirènes de l’indigénisme. Lors des grèves d’avril 2018, l’Université Libre de Tolbiac a ainsi organisé des débats autour de thèmes comme « Les mouvements sociaux et la question de la race : les angles morts de l’extrême-gauche blanche» ; pendant ce temps des militants racialistes évoquaient « l’impérialisme gay » ou « la masculinité toxique » de l’homme blanc dans les locaux de l’Université de Nanterre, bloquée comme il lui arrive parfois…

Dans notre essai, nous avons recensé les innombrables colloques, séminaires et journées d’études traitant de la question raciale dans l’enseignement supérieur. Force est de constater qu’ils abondent, promus par des étudiants souvent fortement politisés, et avec l’assentiment complice d’une partie non marginale du monde académique.

Campus Vox : Le plus inquiétant est peut-être que les professeurs et l’administration ne réagissent pas voire peut-être accompagnent dans certains cas… ?

A-S Nogaret – L’institution est nécessairement responsable de cet état de fait. Le système universitaire de recrutement par cooptation a permis aux idéologies du genre et de la race de s’imposer. Certains professeurs d’université, revenus bouleversés d’un séjour sur les campus américains où ils ont enfin trouvé le chemin de la Vérité et accessoirement la possibilité d’une carrière plus lucrative, n’ont eu de cesse d’introduire à l’université française les idéologies du genre et de la race. Ils ont ensuite recruté des doctorants compatibles avec cet agenda, indépendamment de leur niveau académique. Comme chacun craint pour sa carrière, personne sauf exception n’ose s’opposer ouvertement à cette idéologisation de l’académie. En mars, une vidéo montrait le ministre de l’Education Nationale déplorer cet état de fait, soulignant la nullité intellectuelle de ces nouveaux universitaires décoloniaux. Le problème, c’est qu’il en parlait comme si l’affaire n’était pas de son ressort. L’indignation et la déploration masquent une cruelle absence de volonté politique, sur laquelle prospère l’idéologie.

Campus Vox : Qu’a-t-on à craindre de ce phénomène pour les futures générations qui sortent des bancs de l’université ? 

A-S Nogaret – Je vais être franche : pour moi, l’enseignement supérieur public est mort, notamment ce qui relève des sciences humaines. Les grandes écoles deviennent des vecteurs de diffusion de l’idéologie d’autant plus redoutables qu’elles bénéficient encore de l’aura de l’excellence méritocratique. Les étudiants que je rencontre sont majoritairement acquis à l’idéologie de la race et du genre, avec comme seule rhétorique celle de l’intersectionnalité. Outre la médiocrité intellectuelle que cela suppose, il y a une dimension mortifère dans leurs discours qui s’inscrit exclusivement dans le registre du ressentiment (si on est « racisé ») ou de la pénitence (si on est « blanc »). On ne réanime pas un cadavre : en dehors de la création d’un système académique privé et sélectif, je ne vois pas d’issue pour qu’émerge une élite française digne de ce nom.

 

Propos recueillis par Xavier Nicolas

Le livre : “Français malgré eux”

Illustration : crédit : Sputnik

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